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Mobilizing Victimization : The Construction of a Victim-Centred Approach in the South African Truth and Reconciliation Commission
| Content Provider | Semantic Scholar |
|---|---|
| Author | Leman-Langlois, Stéphane |
| Copyright Year | 2000 |
| Abstract | La Commission « verite et reconciliation » (CVR), instituee a la suite des premieres elections democratiques en Afrique du Sud, avait pour but de faire la lumiere sur la brutalite qui avait accompagne le regime de l'apartheid, d'accorder une amnistie individuelle aux responsables et d'offrir compensation aux victimes. Des le depart, une importante facette du discours emergeant pour appuyer la Commission concerna le role et les besoins des victimes de brutalite - qu'il s'agisse des victimes du gouvernement autoritaire d'alors ou de celles des mouvements de liberation - a l'interieur d'une rhetorique de « reconciliation nationale ». Le tout devait donc s'articuler autour d'une notion de justice criminelle excluant tout reflexe de punition ou meme de compensation directe : l'amnistie en question devait liberer de toute responsabilite ceux qui l'obtiendraient.Ce contexte donna lieu a un discours bien specifique sur les victimes des « conflits du passe », discours fait d'un ensemble precis de nuances visant a rendre la CVR conceptuellement compatible avec son « public cible » et vice-versa. On peut y voir la lente construction d'un langage permettant de decrire la Commission en termes positifs de satisfaction de besoins, de respect d'une ethique plus importante, plus vraie ou plus universelle que celle de la retribution, de succes dans la reconciliation nationale, etc. La propagation et l'efficacite de ce langage etaient d'autant plus indispensables que, au meme moment, le discours dominant sur la justice criminelle en general maintenait la ligne dure face au crime et donnait lieu a une inflation penale pratiquement hors de controle (a deux rues du siege de la CVR on discutait au Parlement de châtiment corporel, de prisons dans des mines abandonnees, etc.). Dans le discours de la CVR les victimes se reconnaissent a deux caracteristiques fondamentales causees par leur victimisation : leur besoin d'aide financiere et leur desir de verite. Ce desir prend deux formes : d'un cote le besoin de connaitre la verite au sujet, par exemple, de la disparition de proches et, de l'autre, le besoin qu'une reconnaissance officielle et publique du fait qu'une victimisation a bien eu lieu vienne restaurer la dignite des individus. La question de la conformite ou non de ces caracteristiques avec la realite des victimes elles-memes tend a etre secondaire parce que l'organisation du discours permet une parfaite integration de leur temoignage, de leur attitude et du fait meme de leur participation. Ce pouvoir d'integration provient en large partie de caracteristiques propres a la forme que prennent a la fois les temoignages a la CVR et les constats de participation et de satisfaction faits par ses membres, c'est-a-dire la forme narrative. Grâce a la grande capacite des histoires de vie a communiquer une experience d'injustice et de redressement compatible avec l'experience quotidienne du public en general, l'institution qui parvient a les recuperer peut en tirer un langage normatif pratiquement indiscutable. Ici, de plus, il s'agit invariablement d'histoires extremement emouvantes qui incluent toutes la CVR comme denouement implicite ou explicite. La logique de la CVR en est d'autant plus renforcee, puisqu'elle semble ainsi extraite de l'experience meme des gens. En racontant leurs histoires, les victimes offrent a l'institution le materiel qui sert a la fois a convaincre d'autres victimes de participer au projet, a se justifier aupres de la population et enfin a remplir sa mission de restauration de la dignite des victimes. Cette circularite est propre a tout discours puisqu'il contient dans ses termes de reference des constructions a la fois de contexte, de sujets, de problemes et de solutions. La Commission remplit donc sa mission davantage par un reajustement de concepts et de langage que par une modification concrete de la realite sociale - pour autant qu'une telle modification soit meme possible, et qu'il soit possible de l'observer a l'exterieur du langage utilise pour la designer : par exemple, « dignite » etait bien evidemment non pas un etat objectif de la personne mais le fruit d'une realite symbolique particuliere. Que les victimes se soient, ou non, senties mieux apres leur visite a la CVR ou a la publication de son rapport n'allait avoir aucun effet sur la disponibilite generale d'un discours de dignite restauree pour decrire la realite sud-africaine. Par contre, le succes d'une enorme et couteuse institution qui eut pour mission de reecrire l'histoire de l'apartheid ne peut que transformer la representation sociale des victimes. |
| Starting Page | 145 |
| Ending Page | 165 |
| Page Count | 21 |
| File Format | PDF HTM / HTML |
| DOI | 10.7202/004732ar |
| Volume Number | 33 |
| Alternate Webpage(s) | https://www.erudit.org/fr/revues/crimino/2000-v33-n1-crimino142/004732ar.pdf |
| Alternate Webpage(s) | https://www.erudit.org/en/journals/crimino/2000-v33-n1-crimino142/004732ar.pdf |
| Alternate Webpage(s) | https://doi.org/10.7202/004732ar |
| Language | English |
| Access Restriction | Open |
| Content Type | Text |
| Resource Type | Article |