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Le rapport Kriegel ou le bégaiement de la mythologie des effets
| Content Provider | Semantic Scholar |
|---|---|
| Author | Maigret, Éric |
| Copyright Year | 2004 |
| Abstract | court terme, mais aussi à long terme », « [toutes les études] publiées dans des revues scientifiques concluent que, plus on voit d'images violentes, plus on commet d'actes agressifs. » Inutile de revenir longuement sur l'absurdité de ce constat, totalement dénué de fondement scientifique tant l'histoire de la recherche apparaît différente. Loin d'être consensuelles, les études psychologiques et psychosociologiques béhavioristes, en majorité américaines, n'en finissent pas de se contredire. Il existe bien sûr des oppositions entre écoles de pensée. Une ligne de partage court également entre les équipes dépendant des institutions et des associations dénonçant la violence médiatique – qui ont intérêt à démontrer l'existence d'une causalité – et les équipes financées par les grands médias, qui ont tendance à rejeter cette causalité ou à la minimiser. Le clivage principal est cependant d'un autre ordre. La plupart des recherches sur l'enfance et les médias sont en réalité menées par des équipes qui ne sont liées à aucun des deux camps et qui refusent la problématique béhavioriste elle-même en évoquant l'impossibilité de définir en termes simples le degré de violence télévisuelle et de mesurer un impact discret des messages médiatiques. Répertorier les contenus des programmes en faisant abstraction de la variabilité individuelle, sociale et historique des définitions de la violence n'a que peu de sens. Prendre les publics pour des rats de laboratoire répondant de façon univoque à des impulsions sensorielles en a encore moins. Séparer artificiellement les entités médiatiques du reste de la société, en faisant comme si elles agissaient sur elle en position d'extériorité, n'en a pas du L 'exclusion des chercheurs en communication de la mission Kriegel, pourtant consacrée à l'étude de la violence à la télévision, a permis d'opérer un véritable tour de passe-passe, dans la grande tradition des paniques morales : occulter la complexité des problèmes posés par le sujet pour parvenir plus sûrement au constat d'une situation dramatique et à un appel au contrôle des médias par les pouvoirs publics. Comme le magicien invite un spectateur sur scène pour l'escamoter et le transformer miraculeusement en lapin ou en volatile, à grands coups de baguette magique, quelques vagues résultats scientifiques ont été évoqués dans le rapport remis au ministre de la Culture en novembre 2002 mais dans la grande tradition de la poudre aux yeux et du pigeonnage. L'opération s'est en effet effectuée sur le mode de l'évidence, comme si la messe était dite depuis longtemps dans un univers académique consensuel, et qu'il s'agissait désormais de trancher dans la forêt de mesures à prendre. Le rapport prend pour acquis l'existence d’« un effet net de l'impact de la diffusion de spectacles violents sur le comportement des plus jeunes », « proportionnel au temps passé devant l'écran », et la nécessité de dénoncer « l'existence d'un pouvoir et d'un danger de la violence télévisée ». Dans un texte publié dans Le Monde l'un des membres de la mission, le politologue Sebastian Roché, confondant la panoplie du magicien et celle du chercheur, ne s'embarrasse d'ailleurs pas de subtilités pour défendre ce point de vue : « Les médias ont une responsabilité clairement établie par les scientifiques : ils influencent le comportement violent des adolescents. Non seulement ils l'affectent à Le rapport Kriegel ou le bégaiement de la mythologie des effets |
| Starting Page | 84 |
| Ending Page | 86 |
| Page Count | 3 |
| File Format | PDF HTM / HTML |
| Alternate Webpage(s) | http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/23304/2004_10_84.pdf?sequence=1 |
| Language | English |
| Access Restriction | Open |
| Content Type | Text |
| Resource Type | Article |