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absence d'une politique sociale au Québec: les conséquences et les enjeux
| Content Provider | Semantic Scholar |
|---|---|
| Author | Cote, Charles T. |
| Copyright Year | 2012 |
| Abstract | ion faite de celles qu’on doit en tirer, les conclusions que l'on peut tirer de ces observations sont nombreuses ; l'analyse des relations montrerait que la disponibilité d'emploi explique le taux de variation démographique, l'exode des jeunes et la désintégration des communautés : cette interprétation s'appuie sur le fait que la relation entre les deux variables est généralisable partout et à toutes les échelles géographiques, y compris les plus précises. Aurait-on obtenu d'autres résultats si les analyses avaient été réalisées sur la base des caractéristiques de revenu au lieu de l’emploi ? Comme il le sera démontré dans la seconde partie de cet ouvrage, cette hypothèse ne peut être retenue : la relation entre la désintégration démographique, le niveau d'emplois et de revenus des populations peut être vérifiée quelle que soit l'échelle géographique considérée et même qu'elle devient de plus en plus précise à mesure que l'échelle géographique diminue. Comme pour la relation entre le taux d'inoccupation et le taux de variation démographique, la relation entre le niveau d'emploi et le niveau de revenu des populations est plus faible lorsqu'elle met en cause des districts de CLSC 12 12 Cette unité géographique est la plus raffinée sur laquelle peuvent être effectuées des études de population. Il s'agit des secteurs de dénombrement. Il en existe 10 000 au Québec dont chacun regroupe environ 600 personnes. plutôt que des communautés. Elle est plus faible encore lorsque sont mises en cause des L’absence d’une politique sociale au Québec : les conséquences et les enjeux. (1988) 107 communautés plutôt que des pâtés de maisons. On doit donc en conclure que ces relations sont à effet cumulatif puisque ce sont sur les plus petites unités de population, que les facteurs explicatifs de la migration ont les effets les plus déterminants. Peut-on alors en conclure comme les tenants de la première théorie explicative que la migration des jeunes s'explique entièrement par l'attraction qu'exerce sur eux la perspective de trouver ailleurs de meilleures conditions de revenus ou d'emplois ? Il semble qu'au contraire cette interprétation sommaire soit incomplète sinon fausse et que paradoxalement les relations qui viennent d'être illustrées donnent plutôt raison à ceux qui discréditent cette thèse en la jugeant simplificatrice à outrance (over simplification). 2.2 La seconde théorie qui met en exergue la multiplicité des facteurs explicatifs Retour à la table des matières Selon les tenants de cette thèse, la migration s'explique par une foule d'autres facteurs, et non seulement par la recherche d'emplois et par la perspective de trouver ailleurs de meilleures conditions de revenus. Pour donner raison aux tenants de cette interprétation, il y a lieu de considérer que la première thèse serait fausse simplement parce que la relation entre d'une part l'emploi et les revenus et d'autre part l'exode des jeunes, se vérifie partout au Québec, et même dans les territoires les plus développés économiquement. Un premier argument à être invoqué implique que si la première thèse était vraie, il faudrait alors admettre une première impossibilité selon laquelle les deux plus grandes agglomérations urbaines du Québec, Montréal et Québec seraient les deux agglomérations les plus sous-développées économiquement dans la province. Elles regroupent 54% des 42% de la population provinciale qui habitent dans une communauté en désintégration démographique et où on constate en outre une relation indiscutable entre les indicateurs de disponibilité d'emplois et le phénomène d'exode démographique, orientée dans le même sens qu'en milieu rural. Ce serait comme affirmer que WasL’absence d’une politique sociale au Québec : les conséquences et les enjeux. (1988) 108 hington, Los Angeles, Tokyo et New-York sont des "régions" sousdéveloppées. Il faudrait également accepter dans la même foulée une deuxième impossibilité selon laquelle il existerait de meilleures perspectives de revenus et d'emplois dans les banlieues. Or, la croissance des banlieues au Québec a été marquée par un empiètement à ce point important du milieu urbain sur les territoires forestiers et agricoles, qu'il fut nécessaire de protéger ces territoires par zonage. On pourra alors s'interroger pendant longtemps sur les perspectives si particulières de revenu et d'emplois que pourraient offrir les banlieues au moment où elles étaient encore recouvertes de forêts et de champs. Certes, l'engouement du "retour à la terre" offre des perspectives d'explications mais il y a des limites sachant que les banlieues au Québec sont assimilables à des "villes-dortoirs" et que dans une large proportion, les emplois occupés par leurs résidents ne sont pas localisés en périphérie de leur lieu de résidence mais plutôt dans les centres-villes en désintégration et où le taux d'inoccupation est élevé. Pour s'en rendre compte, il suffit d'emprunter aux heures de pointe les voies d'accès entre les banlieues et les centres-villes et par lesquelles transitent les résidents de banlieue puis de jeter un coup d'œil aux voies d'accès qui vont en sens inverse. Certes, la perspective de meilleures conditions de logements ou de logements plus adéquats en particulier la perspective d'avoir plus jeune sa propre maison unifamiliale pourrait expliquer mieux que les revenus et l'emploi, la migration des centres-villes vers les banlieues, donnant ainsi raison aux tenants de la seconde thèse. Cependant, cet argument ne résiste pas aux arguments que pourraient invoquer ceux qui accordent une importance particulière aux corrélations entre la migration, l'emploi et le revenu, qui elles, se vérifient partout et à toutes les échelles géographiques. Pourquoi alors les perspectives de meilleures conditions d'habitat devraient-elles mieux expliquer la migration que les revenus ou l'emploi alors que la corrélation avec ces deux derniers facteurs se vérifie sans l'ombre d'un doute partout au Québec ? À moins que la migration qui se solde par la désintégration démographique des communautés révèle toute autre chose que la résultante d'une attraction d'origine économique ou autre, mais qu'elle doive être interprétée plutôt comme un phénomène sociologique qui manifeste L’absence d’une politique sociale au Québec : les conséquences et les enjeux. (1988) 109 une répulsion pour habiter dans certains types de communautés plutôt que d’autres. À cet argument, on pourrait facilement répondre que l'exode des "forces vives" d'une population, les jeunes en l'occurrence, aura nécessairement pour effet d'y concentrer davantage la densité de ceux qui n'ont pas les attributs ou les qualifications pour aller habiter ailleurs et que dès lors, il serait présomptueux de qualifier de "phénomène sociologique", un effet mécanique de ce mouvement démographique. Les sociologues pourraient alors rétorquer, à juste titre, que par définition le mot "social" désigne un champ de préoccupation axé sur la connaissance des groupes en tant que groupes, c'est-à-dire indépendamment des individus qui en font partie, et que le mouvement démographique qui vient d'être décrit montre comment s'effectue la stratification sociale de la population du Québec ; c'est-à-dire le fractionnement d'une entité unique en plusieurs groupes distincts et mutuellement exclusifs, même en ce qui a trait à leur lieu d'habitation. Pour s'en convaincre, il s'agirait simplement de regarder la carte de l'annexe pour constater que les communautés en désintégration et en croissance démographique ne sont pas distribuées au hasard dans le territoire et qu'elles sont plutôt regroupées en ensembles homogènes de population ayant leurs caractéristiques propres. Bref, en guise de bilan provisoire, aucun de ces genres d'arguments ne semble pouvoir offrir une explication cohérente au mouvement de désintégration démographique des communautés au Québec qui soit à la fois généralisable et entièrement satisfaisante. Par contre, la thèse qui néanmoins apparaît la moins indéfendable est celle qui expliquerait le mouvement migratoire des jeunes hors des communautés en désintégration par un mécanisme de rejet (push factor). Cette thèse implique que certaines communautés deviendraient de plus en plus inhabitables par leurs résidents. 2.3 La troisième théorie : l'hypothèse des facteurs de rejet (push factors) Retour à la table des matières L’absence d’une politique sociale au Québec : les conséquences et les enjeux. (1988) 110 Selon ce point de vue, lorsque des communautés n'offrent plus les attraits suffisants pour pouvoir y poursuivre des buts conformément à leurs aspirations, les résidents de ces communautés cherchent à quitter, alors que ceux de l'extérieur ne chercheront pas à venir s'y établir. Il en résultera nécessairement un bilan migratoire déficitaire qui se soldera par la décroissance démographique des communautés concernées. Un premier argument en faveur de cette thèse explicative implique qu'au Québec tout au moins, la relation entre le taux d'inoccupation, les revenus et le bilan migratoire ne peut pas être révélatrice d'un phénomène d'attraction de certaines populations sur d'autres ; reste donc comme seule hypothèse plausible, l'hypothèse du rejet. Cette affirmation tient au fait que la relation entre les trois variables se vérifie précisément à des échelles géographiques aussi raffinées que les communautés et ceci, autant en milieu rural qu'en milieu urbain. En outre, la même relation est modifiée à des échelles géographiques plus étendues comme les districts de CLSC par exemple. Comme il a été montré à l'analyse de la seconde théorie explicative, plus la relation entre ces variables se vérifie à une échelle réduite géographiquement, plus elle met en cause les lieux de résidence. En effet, si elle mettait en cause les lieux de travail, les interprétations qui en découlent nécessairement sont contredites par l'évidence. Comme on vient de le voir, ce constat implique que si la thèse de "l'attraction" devait être re |
| File Format | PDF HTM / HTML |
| DOI | 10.1522/030331891 |
| Alternate Webpage(s) | http://classiques.uqac.ca/contemporains/cote_charles/absence_pol_soc_qc/absence_pol_soc_qc.pdf |
| Alternate Webpage(s) | https://doi.org/10.1522/030331891 |
| Language | English |
| Access Restriction | Open |
| Content Type | Text |
| Resource Type | Article |