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Le politique et la dynamique des passions
| Content Provider | Semantic Scholar |
|---|---|
| Author | Mouffe, Chantal |
| Copyright Year | 2004 |
| Abstract | ion de cette éventualité concrète du regroupement en amis et en ennemis, quelles qu’en soient les incidences sur le jugement porté sur la politique d’un point de vue religieux, moral, esthétique ou économique 3 ». Cette intuition est cruciale, et je pense que Schmitt a raison de souligner que la politique est liée à l’existence d’une dimension conflictuelle dans les sociétés humaines. Ce devrait être, à mon sens, le point de départ d’une réflexion sur les objectifs de la politique démocratique. Schmitt n’a jamais développé ces intuitions sur le plan théorique. Aussi ai-je tenté de les formuler de manière plus rigoureuse en reprenant la critique de l’essentialisme qui a été élaborée par plusieurs courants de la pensée contemporaine. Cette critique révèle comment le libéralisme suppose une logique qui prend appui sur une conception de l’être comme présence et conçoit en conséquence l’objectivité comme inhérente aux choses elles-mêmes. C’est la raison pour laquelle il est incapable d’appréhender le processus de construction des identités politiques. Le libéralisme est incapable de saisir que les identités s’instituent dans un rapport qui pose chacune dans une différence avec les autres. Par le fait même, les libéraux ne conçoivent pas que l’objectivité sociale est indissociable de l’existence de rapports de pouvoir. En d’autres termes, ils refusent d’admettre que l’objectivité sociale est politique en dernière instance et qu’elle porte les traces d’actes d’exclusion qui sont liés à sa mise en place. C’est cela que recouvre l’expression d’« extérieur constitutif ». Ce terme a été forgé par Henry Staten en référence à certains thèmes développés par Jacques Derrida tels que le « supplément », la « trace », la « différance ». La notion indique que la création des identités implique l’établissement d’une différence, laquelle est souvent associée à une forme de hiérarchie (forme/matière, noir/blanc, hommes/ femmes, etc.). Lorsque l’on saisit que toute identité est instituée dans une relation fondée sur l’affirmation d’une différence qui fait de l’« autre » un « extérieur » (lequel est la condition nécessaire pour qu’une identité puisse exister), on peut alors formuler d’une autre manière l’opposition ami/ennemi, sur laquelle Schmitt a tant insisté, et comprendre pourquoi les relations sociales sont, par définition, indissociables de l’existence d’antagonismes. En effet, comme je l’ai déjà mentionné, les identités politiques, qui sont toujours des identités collectives, mettent en présence d’un « Nous » qui ne peut exister qu’en se démarquant d’un « Eux ». Cela ne veut bien sûr pas dire qu’une telle relation est nécessairement antagonique ; en revanche, il existe toujours une possibilité que cette relation se transforme en une relation ami/ennemi. Ceci arrive lorsque la différence qu’incarne le « Eux » commence à être perçue comme menaçant notre identité ou notre existence. À partir de ce moment, toute La politique et la dynamique des passions 147 3. C. Schmitt, La notion de politique. Théorie du partisan, p. 75-76. *Montage 22, 3 2/08/04 11:45 Page 147 |
| Starting Page | 179 |
| Ending Page | 192 |
| Page Count | 14 |
| File Format | PDF HTM / HTML |
| DOI | 10.3917/rdes.045.0179 |
| Alternate Webpage(s) | https://www.erudit.org/fr/revues/ps/2003-v22-n3-ps731/008854ar.pdf |
| Alternate Webpage(s) | https://doi.org/10.3917/rdes.045.0179 |
| Language | English |
| Access Restriction | Open |
| Content Type | Text |
| Resource Type | Article |